Bien que bénéfique pour plusieurs, la présence attentive comporte aussi certains risques, notamment ceux décrits dans cet article. Plusieurs études ont démontré que les personnes survivantes de traumas sont plus à risque que la population générale d’expérimenter certains de ces risques²⁸. Par traumas, on fait référence à des expériences menaçantes pour l’individu, qui dépassent sa capacité d’adaptation et la placent dans un état de survie²⁹. On peut ici faire référence à des accidents, des actes criminels, ou des catastrophes naturelles et à des traumas interpersonnels, tels que de la violence exercée par un·e partenaire intime, de la négligence ou de la maltraitance en enfance. Cela dit, des expert·e·s dans le domaine du trauma et de la présence attentive ont soulevé que les méditations offertes aux survivant·e·s doivent être adaptées à leur vécu et ont réfléchi à des manières de rendre la présence attentive sensible au trauma²⁸. Le présent article traite du lien entre la présence attentive et le trauma et explique ce qu’on peut faire, comme personne survivante, pour cultiver sa présence attentive en tenant compte de son vécu.
Le trauma et la présence attentive.
Les symptômes du trauma peuvent compter des pensées intrusives (par exemple, des flashbacks), des cauchemars, de fortes réactions émotionnelles, ou une tendance à se couper de ses expériences dans le moment présent³⁰. Plusieurs études ont démontré que la présence attentive peut réduire ces symptômes²⁸ ³⁰ ³¹. Par exemple, la présence attentive peut soutenir l’acceptation d’un passé difficile, développer la résilience face aux expériences vécues, cultiver la compassion pour soi et pour les autres, ce qui peut être particulièrement aidant quand on a vécu des traumas interpersonnels³¹ ³².
En pratiquant la méditation basée sur la présence attentive, on nous dirige habituellement vers l’observation de nos pensées, émotions et sensations physiques. Toutefois, lorsqu’on a vécu des traumas, nos pensées, émotions et sensations physiques peuvent être très chargées, stressantes, voire effrayantes. L’invitation de la présence attentive à se connecter à son vécu intérieur alors que celui-ci est teinté de traces de trauma peut donc être difficile et créer de la détresse. Pour ces raisons, des approches et pratiques sensibles au trauma ont été développées et appuyées par la science, dans le but de minimiser les effets négatifs potentiels de la présence attentive²⁸ ³³ :
- Pour plusieurs, il est mieux de commencer avec une pratique qui passe par les sens plutôt que par une pratique qui demande de se concentrer sur les expériences internes, comme les émotions ou les sensations corporelles. Dans ce cas, la méthode 5-4-3-2-1, disponible sur la plateforme de Présence Québec, pourrait être appropriée.
- Favoriser des pratiques plus courtes au début, puis augmenter progressivement la durée des pratiques peut être une autre bonne astuce.
- Pour certaines personnes, il sera aussi utile d’avoir une méditation plus guidée, sans longs silences.
- Lors de pratique de la présence attentive, certaines personnes vous inviteront à fermer vos yeux. Nous vous suggérons d’écouter comment vous vous sentez lorsque vous les fermez et à vous ajuster au besoin. Si vous vous sentez stressé.e ou engoudi.e, garder les yeux ouverts peut avoir un effet d’ancrage pour le système nerveux. Fermer les yeux peut toutefois aider à vous concentrer davantage sur votre expérience interne. Vous êtes la meilleure personne pour savoir ce dont vous avez besoin.
- N’hésitez pas à prendre des pauses, à vous étirer, ou à ouvrir les yeux quand vous vous sentez déconnecté·e ou dépassé·e pendant une pratique basée sur la présence attentive. Il peut aussi être utile de bouger avant ou pendant une pratique pour aider à calmer le système nerveux.
L’approche sensible au trauma invite aussi la personne qui guide la pratique de présence attentive à suivre quatre grands principes²⁹ :
- Comprendre comment les traumas peuvent affecter les personnes et prendre conscience que certaines réactions des victimes sont des stratégies de survie qui résultent d’expériences traumatiques.
- Reconnaître et aider à reconnaître l’apparition des signes associés au trauma : pensées intrusives (par exemple, des flashbacks), des cauchemars, de fortes réactions émotionnelles, ou une tendance à se couper de ses expériences dans le moment présent.
- Répondre aux besoins de la personne survivante en se basant sur les données scientifiques, les bonnes pratiques reconnues cliniquement et le témoignage des victimes.
- Offrir un climat de sécurité afin d’éviter de faire revivre les expériences traumatiques à la personne, ce qu’on appelle la retraumatisation.
Quels sont les signes que la pratique n’est pas appropriée pour vous?
Ultimement, ce qu’on cherche à cultiver dans la méditation de présence attentive est un contact avec les expériences internes et externes dans le moment présent. Parfois, ces expériences vont être agréables, et parfois désagréables. Vous pouvez vivre des expériences intenses et désagréables, mais si vous sentez que vous pouvez encore rester en contact avec le moment présent face à celles-ci, la pratique est encore utile. Le moment qui vous indique qu’une pratique est moins bénéfique est quand vous vous sentez dépassé·e, en détresse, coupé·e, déconnecté·e, ou engourdi·e pendant une pratique. Si jamais cela vous arrive à plusieurs reprises, nous vous invitons à consulter un·e professionnel·le de la santé formé·e sur la présence attentive sensible au trauma. Cette personne sera outillée pour vous aiguiller à développer une pratique qui répond à vos besoins, tout en vous accompagnant dans votre trajectoire pour prendre contact avec vous-même, et avec vos expériences dans le moment présent.
Nous vous souhaitons de développer une pratique qui vous convient, qui a du sens pour vous et qui est sécuritaire, afin de vous permettre que la présence attentive soutienne votre parcours vers le rétablissement et le mieux-être.
Cet article a été rédigé par Éliane Dussault, Ph.D., chercheuse en sexologie, en collaboration avec l'équipe de Présence Québec.