Qu’est-ce que la douleur chronique?
La douleur chronique, aussi appelée douleur persistante, est un terme utilisé pour représenter les douleurs qui persistent au-delà du temps de guérison attendu³⁴. Contrairement à la douleur aiguë, qui sert d’alerte en réponse à une blessure ou à un problème de santé, la douleur chronique n’a pas de fonction protectrice³⁴. Le cerveau continue d’envoyer un signal de danger et de douleur après la guérison de la cause initiale ou même lorsqu’il n’y a pas de cause physique identifiable³⁴. Les douleurs peuvent être d’origine traumatique, soit après une blessure ou une maladie, ou neuroplastique, c’est-à-dire, lorsqu’il n’y a pas d’origine connue ou spécifique³⁵. La douleur chronique touche environ un adulte sur cinq et plus d’un aîné sur trois³⁶. Cela représente donc l’une des maladies chroniques les plus prévalentes au Canada³⁶.
Cette condition souffrante mène souvent les personnes touchées à éviter les situations qui génèrent de la douleur. Elles peuvent aussi avoir tendance à lutter contre leurs sensations douloureuses et à vouloir les éliminer à tout prix³⁷. Toutefois, la science a identifié que cette posture tend à aggraver leur expérience en créant de la détresse face à leur incapacité à diminuer leur douleur³⁷ ³⁸.
La présence attentive pour gérer la douleur
Les interventions pour soutenir cette clientèle se centrent surtout sur la gestion de la douleur plutôt que sur son élimination³⁹. L’identification de ce qui peut apaiser physiquement et émotionnellement la personne en douleur, la gestion de son énergie et le développement d’une meilleure compréhension de son corps et de son esprit sont des éléments clés dans la gestion de la douleur⁴⁰.
Dans les dernières années, de plus en plus d’études ont été réalisées sur les effets de la présence attentive sur la douleur chronique. Ce qui émerge de la littérature est que la méditation de présence attentive peut être utile pour reconnaître ce que le corps et l’esprit expérimentent sur le plan émotionnel et physique (ex : sensation de douleur, crispations par peur d’avoir mal, désespoir, etc.)⁴⁰. Ces prises de conscience sont ensuite utiles pour accepter les sensations inconfortables plutôt que de les fuir ou de lutter contre elles, permettant ainsi d’améliorer le fonctionnement émotionnel, physique et social³⁷ ⁴⁰.
Apprendre à bien respirer, à explorer son corps et à centrer son attention sur le moment présent, peut aider une personne à freiner l’exacerbation de la douleur⁴⁰ ⁴¹. La présence attentive peut aussi aider à développer la capacité à guider son attention ailleurs que sur sa douleur principale et ainsi percevoir une diminution de l’intensité douloureuse⁴⁰ ⁴².
Voici certains autres bénéfices associés à la pratique de la présence attentive sur la douleur chronique :
● Améliorer la perception de la douleur et l’acceptation de celle-ci. En modulant sa perception dans un esprit de non-jugement, cela peut amener la personne à moins craindre certaines sensations et à faire preuve de plus d’ouverture et d’acceptation envers celles-ci⁴³.
● Améliorer la qualité de vie en diminuant la souffrance et le stress associé à la douleur. La présence attentive a des bienfaits sur la régulation émotionnelle et sur l’ouverture à soi. Cela peut donc contribuer à diminuer les impacts de la douleur sur les sphères personnelles en s’engageant davantage dans des activités valorisées, et peut aussi aider à diminuer les symptômes anxieux ou dépressifs secondaires à la douleur chronique⁴³.
● Réduire la peur reliée à la douleur. Les pensées de type dramatisation envers la douleur peuvent être présentes lors de certains mouvements ou activités dans lesquelles on craint l’émergence de la douleur. Ces pensées, lorsque envahissantes, peuvent contribuer à augmenter la sensation de douleur, car l’attention est centrée sur la souffrance. En pratiquant la présence attentive, ces pensées peuvent devenir ainsi moins intrusives et persistantes³⁷.
● Diminuer les comportements d’évitement. La présence attentive peut permettre de mieux comprendre certains cycles associés aux actions, aux émotions et aux sensations reliées à la douleur, tel que l’évitement de certaines activités qu’on associe à la douleur, ou par crainte d’augmenter la douleur. En reconnaissant certaines habitudes non-optimales pour la douleur et en faisant des choix conscients, dans le moment présent, basés sur les besoins, les demandes du corps et les émotions, cela peut amener à prendre des actions plus orientées vers nos valeurs et le respect de soi³⁷.
● Avoir un effet neurobiologique. Les recherches en neuro-imagerie émergent de plus en plus et ont mis en lumière des changements dans le fonctionnement et la structure du cerveau, notamment dans des régions impliquées dans la gestion de la douleur et des émotions (comme le cortex préfrontal et l'insula). Ces changements semblent renforcer la régulation émotionnelle et la réponse cognitive à la douleur⁴⁴.
Les effets de la présence attentive se maintiendraient aussi à long-terme lorsque la pratique est maintenue⁴⁵ ⁴⁶, ce qui peut être efficace dans la gestion de la douleur, en combinaison avec d’autres modalités thérapeutiques, telles que des approches physiques comme la physiothérapie et des approches psychologiques telles que la psychothérapie⁴⁵ ⁴⁶.
Autocompassion et la douleur chronique
L'auto-compassion est une approche qui met de l'avant un accueil empathique, conscient et connecté à la souffrance comme étant une expérience commune à l'espèce humaine⁴⁷. Elle peut être cultivée par le biais de la présence attentive lorsqu’une personne vit une souffrance physique ou psychologique. Dans les dernières décennies, la science a porté son attention sur l’autocompassion pour les personnes souffrant de douleur chronique. Les résultats des recherches montrent que le développement d’une approche aimante, douce, mettant l’accent sur l’humanité, à l’écoute des besoins et centrée sur les valeurs, comme celle orientée vers l’autocompassion, peut être un mécanisme d’adaptation aidant à réduire les conséquences négatives de la douleur chronique⁴⁸. Le développement de l’auto-compassion serait aussi associé à une amélioration de la régulation émotionnelle, à un plus grand respect de soi et de ses limites de même qu’au développement et au maintien de stratégies d’adaptation face aux difficultés de la vie quotidienne et de la douleur⁴⁹.
Nous vous invitons alors à suivre les méditations sur la douleur chronique et sur l’autocompassion offertes sur Présence Québec.
Cet article a été rédigé par Stéfanie Pichette-Leclerc, D.Ps., psychologue, en collaboration avec l'équipe de Présence Québec.